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mardi 29 mars 2011

Mathias Enard : Historien ou Ecrivain ?

Dans son livre « Parlez leur de batailles de rois et d’éléphants », Mathias Enard raconte
l’histoire - réelle ou fictive – de Michel Ange lors de la création du pont de la Corne d’or.

Représentation de Constantinople au XVIème siècle

Dans un empire Ottoman sous influence artistique italienne lors de la Renaissance, Michel
Ange fait son apparition à la demande du sultan Bajazet. Le célèbre auteur du David de
Florence accepte cette proposition, pour fuir Jules II, le pape guerrier , à qui il devait dessiner les plans de son tombeau. Il consentit de plus à la demande de Bajazet pour prouver un talent supérieur à celui de son rival Léonard de Vinci, qui a lui-même proposé ses propres plans de ce même pont à Bajazet qui furent d’ailleurs refusés. L’histoire est supposée se dérouler en 1506 et conte l’aventure mystérieuse, poétique et surprenante de ce génie au cœur de la l’ancienne capitale byzantine, à cheval sur deux continents.

http://www.leglobelecteur.fr/index.php?post/2010/08/27/Mathias-Enard-Parle-leur-de-batailles%2C-de-rois-et-d-%C3%A9l%C3%A9phants

Ce roman mêle récits et poésies, ce qui donne un style que l’on retrouve peu dans la littérature. Mathias Enard décrit avec passion une capitale multiculturelle sous le soleil de l’orient. En retraçant cette période inconnue de la vie de Michel-Ange, l’auteur, par cette entreprise audacieuse, nous charme à l’aide de ce style unique, original et parlant à chacun. Cet expert en langues arabes a très certainement étudié le cadre culturel de Constantinople en ce début de XVIe siècle, âge d’or de l’art italien pour nous en peindre un tableau si précis. Mathias Enard ressuscite l’orient du 16eme siècle en utilisant le champ lexical des cinq sens :

« La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc ; c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et ses mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire.
Tu souhaites nous rejoindre.
Ta peur et ton désarroi te jettent dans nos bras, tu cherches à t’y blottir, mais ton corps dur reste accroché à ses certitudes, il éloigne le désir, refuse l’abandon.
Je ne te blâme pas.
Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage où tu penses pouvoir être porté en triomphe ; tu crois obtenir la bienveillance des puissants, tu cherches la gloire et la fortune. Pourtant, lorsque la nuit arrive, tu trembles. Tu ne bois pas, car tu as peur ; tu sais que la brûlure de l’alcool te précipite dans la faiblesse, dans l’irrésistible besoin de retrouver des caresses, une tendresse disparue, le monde perdu de l’enfance, la satisfaction, le calme face à l’incertitude scintillante de l’obscurité. Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l’éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c’est la disparition de tes peurs, la guérison, l’union, le retour, l’oubli.
Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.
Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l’autre dans la nuit. »

Ou encore


« "Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage" ».



La narratrice de cet extrait est une danseuse qui s’exprimera de cette façon poétique à plusieurs reprises dans le livre. Michel-Ange, le personnage principal, la décrira comme un être à part, entre les deux sexes, et d’une extrême beauté. Un grand mystère enveloppe ce personnage suscitant la fascination qui sera lié indirectement à Michel-Ange. Le récit de Mathias Enard contient une affinité avec les arts tels que la musique ou l’architecture :


“Petit à petit, assis en tailleur sur ses coussins, Michel-Ange se sent envahi par l'émotion. Ses oreilles en oublient la musique, alors que c'est peut-être la musique elle-même qui le plonge dans cet état, lui fait vibrer les yeux et les emplit de larmes qui ne couleront pas ; comme dans l'après-midi à Sainte-Sophie, comme chaque fois qu'il touche la Beauté, ou l'approche, l'artiste frémit de bonheur et de douleur mêlés“.



On ne peut pas parler de « Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants » sans citer le plus fidèle compagnon de Michel-Ange pendant cette période de sa vie : Mesihi. Ce poète débauché le guida à travers cette aventure que nous conte si bien Mathias Enard. Le poète était surnommé « le fils de la ville », et doit son nom au fait qu’il courait plus les tavernes qu’il ne travaillait. Ce protégé d’Ali Pacha est connu comme l’un des poètes les plus originaux de son époque, et Mathias Enard le met en scène de façon étonnante. Il entretient avec Michel-Ange une relation étroite, mystérieuse et profonde.

"Il a sacrifié son amour une dernière fois, sans rien espérer en retour (...) Il pleure souvent; seule l'arrivée de la nuit et de la débauche lui apporte un peu de réconfort"


Ce qui est important à préciser dans ce texte est le rôle du titre. « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » sera expliqué par la danseuse dans cet extrait si poétique, sûrement le plus poétique de ce récit :


« Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, d’éléphants, de rois et d’êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu’il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l’amour, l’amour, cette promesse d’oubli et de satiété. » (p.66)


Ce roman n’aurait put être si réaliste si l’auteur n’avait pas étudié le décors en utilisant ses connaissances non seulement dans la langues mais il également vécu au Moyen Orient pendant un temps. Ce roman est assez facile à lire et captive le lecteur en mêlant poésie, roman et récit historique.



Paul d’Annoville Clément Lamy Antoine de Vergzac

lundi 28 mars 2011

Critique


Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants, la vinaigrette de la littérature par excellence ?




Quoi de meilleur qu’une bonne vinaigrette où la moutarde lie parfaitement deux éléments opposés, tels que l’huile et le vinaigre ?


Parle-leur de batailles de rois et d’éléphant, paru l’année dernière et primé au prix Goncourt des lycéens est le dernier roman en date de Mathias Enard, grand voyageur et polyglotte accompli. Il met en scène la venue de Michel-Ange, alors peu connu, à Constantinople dans l’optique de concevoir un pont désiré par le Sultan Bajazet. Tout en réalisant les plans, Michel-Ange découvre, dans sa nouvelle vie, une ville ouverte sur deux cultures, deux religions, deux civilisations, deux modes de vie, et prend conscience de l’importance du pont, dont le rôle, comme celui de la moutarde, serait de lier tous ces aspects de la ville différents voire opposés.


La vie de Michel-Ange n’étant que partiellement connue -au XVIème siècle la réputation des artistes primait sur l’exactitude historique- , Mathias Enard a eu la possibilité de réécrire une partie de sa vie, en y intégrant de nouveaux personnages grâce à la richesse de son travail de documentation. Totalement inventés, comme la danseuse andalouse, ou existants réellement, tel le poète Mesihi, ces rencontres vont aider Michel-Ange dans la réalisation de ce nouveau défi artistique.


Le pont que Michel-Ange est donc en charge de réaliser représente toute une symbolique autour du lien, d’un certain clivage, d’un mélange. Mathias Enard a su réinvestir ce thème du mélange tant au niveau de la forme de son œuvre que du fond, ou même au niveau des impressions qu’il parvient à procurer au lecteur.




Il est vrai que le roman Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants, n’est pas un roman banal puisque Mathias Enard a réussi à mélanger différents genres littéraires. Bien qu’il se base sur le personnage réel de Michel-Ange, il arrive à intégrer des éléments fictifs : ainsi le lecteur ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Mathias Enard a réussi à trouver un juste milieu entre fiction et réalité, à tel point que nous ne savons plus s’il s’agit d’un roman historique ou d’une biographie romancée. Il nous l’explique d’ailleurs dans la note finale de son livre, page 153-154 « Quant à l’affaire qui nous intéresse ici, voici donc ce que l’on peut facilement retracer : (…) Pour le reste, on n’en sait rien. ».


A ce mélange s’ajoute également une diversité de styles ; alors que certains passages sont basés sur les actions et les pensées des personnages avec des points de vue changeants, d’autres sont des passages épistolaires. L’intégration de ces lettres parvient à rythmer le livre même si elles laissent parfois le lecteur dans le vague, elles nous permettent également de nous rendre compte des relations que Michel-Ange avait avant le début du livre puisqu’il envoie des lettres à sa famille restée en Italie. Par exemple page 39 « Constantinople, 19 Mai 1506. A Buonarroto Di Lodovico Di Buonarrota Simoni In Firenze (…) ».


Mais Mathias Enard ne s’arrête pas là et intègre aussi des passages poétiques qui donnent au roman un côté léger, lyrique et presque mystique, à travers les vers inventés et chantés par l’esclave Andalouse à Michel-Ange quand celui-ci est dans ses bras. Le lecteur peut également apprécier des poèmes de Mesihi que Mathias Enard, loin de les imaginer, a repris au véritable poète.



En ce qui concerne les registres, on peut dire, de par les faits historiques, que ce roman présente –entre autre- un registre réaliste. L’action est incontestablement ancrée dans la réalité, des dates précises et des évènements réels nous le prouvent ainsi que de nombreuses descriptions de Constantinople : « Durant le reste de la matinée, sur les quais, autour de la porte, dans les remparts de la ville et jusqu’au milieu du port, où on les promène en barque, Michel-Ange et les ingénieurs observent et mesurent. Le sculpteur florentin contemple le paysage, la colline fortifiée de Péra, de l’autre côté de la Corne d’Or, la gloire de Stanbul qui lui fait fasse (…) » page 54. Mais d’autres registres viennent s’y mêler comme le registre pathétique et tragique incarnés par Mesihi qui n’ose révéler à Michel-Ange son amour pour lui et pour qui le seul moyen d’oublier est de se plonger dans l’alcool « Il a sacrifié son amour une dernière fois, sans rien espérer en retour (…) Il pleure souvent ; seule l’arrivée de la nuit et de la débauche lui apportent un peu de réconfort. ».


Par le mélange de tous ces genres et registres, Mathias Enard a su créer un support reflétant l’histoire qu’il a voulu imaginer. La forme est ainsi à l’image du fond.




Michel-Ange se voit confier la dure tâche de concevoir les plans d’un pont, mais le but poursuivi par le Sultan avec la réalisation de cet ouvrage est si particulier que la conception en devient une véritable épreuve. En effet, ce pont se doit d’être plus qu’un simple lieu de passage : il sera non seulement un carrefour des civilisations, mais également un lieu de rencontre entre Chrétiens et Musulmans ainsi qu’Occident et Orient. « Le pont sur la Corne d’Or doit unir deux forteresses, c’est un pont royal, un pont qui, de deux rives que tout oppose, fabriquera une ville immense » (page 35) Cet ouvrage sera militaire, commercial, religieux et politique.. Mathias Enard exploite cette rencontre en réalisant une immersion complète dans cette ville qui à l’image de ce futur pont est cosmopolite.


Cet espace est tout d’abord une rencontre entre deux cultures, comme nous les prouvent les marchandises arrivant par delà les mers et les océans : « huile de Mytilène, savons de Tripoli, riz d’Egypte, mélasse de Crète, tissus d’Italie, charbon d’Izmit, pierres du Bosphore » (page 54). Un endroit où les animaux domestiques peuvent être aussi bien des chiens que des singes, et où l’on joue du tambour basque et de la mandoline tout comme de l’aud et du saz déconcerte Michel-Ange qui se rend compte de l’essence pluriculturelle de la ville.


En ces périodes troubles où la religion déterminait bien souvent la vie d’un individu, Constantinople faisait figure d’exception et de modèle : Sainte Sophie qui était le centre de la chrétienté côtoyant les mosquées et leurs muezzins en toute harmonie en était la preuve. La tolérance était de mise envers les chrétiens tout comme envers les juifs chassés d’Espagne.


Cette ville comme vous l’aurez compris est donc un lieu de rencontre entre deux cultures, deux religions mais également entre l’art byzantin et l’art de la renaissance. C’est donc une ville où s’entremêlent artistes italiens et peintre byzantins, juifs et musulmans, orient et occident. Ce lieu symbolique fait ainsi douter Michel-Ange : «La matière de la ville lui est si obscure » (page 65), Constantinople est mystérieuse, difficile à cerner.




Dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Enard nous fait voyager. Il parvient à convaincre le lecteur de suivre Michel-Ange tout au long de son périple. En effet, grâce à son style d’écriture et à la justesse de ses mots, le lecteur accroche et ressent les émotions ainsi que les sentiments du personnage. Le lecteur voyage et vie avec lui dans un Constantinople cosmopolite où Andalous, Italiens, Chrétiens, Juifs, Levantins, tous sont acceptés, tous sont mélangés.



Mathias Enard dresse le portrait de la très belle ville de Constantinople. Une ville où brillent des couleurs éclatantes. L’auteur, ayant voyagé et séjourné au Moyen-Orient retranscrit parfaitement ce mélange de couleurs. « cipolin, ophite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations. Le marbre lui manque » (page 68). Cette citation nous permet de rappeler que Michel-Ange est avant tout un sculpteur, et que le marbre qu’il utilise pour ses œuvres lui manque. Pour lui, le blanc représente la douceur dans la clarté. Le blanc symbolise aussi la lumière. Mathias Enard utilise joue beaucoup sur les effets de luminosité dans son roman. En effet, la lumière est omniprésente : « une tache de lumière tombe sur son épaule tordue par l’effort » (page 78), « il voit qu’on apporte de la lumière, il entend qu’on l’appelle » (page 134), « il lui reste une vague lumière, une douceur subtile mêlée d’amertume » (page 151). L’auteur contraste cette luminosité éclatante avec des couleurs obscures : « Et, plus que tout, le dessin, la blessure noire de l’encre, cette caresse crissant sur la grain du papier » (page 65), « la Corne d’Or se perd dans des méandres de brume obscure et, à l’est, le Bosphore dessine une barrière grise dominée par les épaules sombres de Sainte-Sophie, gardienne du fossé qui les sépare de l’Asie » (page 84), « Le noir presque complet » (page 95), « le noir damas est extraordinairement beau » (page 103). Le contraste de ces deux extrêmes est représenté par l’expression « l’incertitude scintillante de l’obscurité » page 11. De plus, la couleur rouge jalonne le récit : «pourpre » (page 36), « rehauts de rouge » (page 100). Pour finir, le lecteur a l’impression que les couleurs de Constantinople donnent l’inspiration à Michel-Ange pour ses œuvres futures : « Son regard est transformé par la ville et l’altérité ; des scènes, des couleurs, des formes imprégneront son travail pour le reste de sa vie » (page 91).



La musique et le chant sont des thèmes que l’on retrouve souvent dans ce roman. Michel-Ange puise ses ressources notamment dans la musique : « il aimait tâter du vin, de la poésie et de la musique » (page 12). Tout au long de son parcours la musique va accompagner l’artiste : « fasciné par la voix puissante qui s’envole dans les aigus […] commenter le chant » (page 48), « puis viennent la musique et le chant » (page 89), « un chant divin » (page 91). Chaque description de mélodie nous entraine dans une atmosphère paisible. La musique est harmonieuse avec des instruments comme « un luth, une mandore et une viole […] accompagnés d’un tambour » (page 42).



Si cet ouvrage est plaisant à lire, c’est grâce à cette alchimie entre ces deux univers, ces deux mondes. En effet Mathias Enard ne s’est pas contenté de présenter deux cultures, mais les a réellement mélangées, s’appuyant également sur la forme de son roman. La symbolique du pont prend alors toute son importance, d’où l’image de cette vinaigrette si bien réalisée, aux bonnes proportions dues au mélange parfait de ces ingrédients pourtant si différents. Finalement le « personnage » principal du livre n’est-il pas Constantinople elle-même ? Evidemment, le lecteur s’interroge : 500 ans plus tard, Constantinople est devenue Istanbul mais son rôle a-t-il réellement changé ?



ALLARD Adrien


MARCHADIER Thibault


POIRIER Aurélie


RIVALLAIN Manon



1èreES.4


Mme FEKI


Lycée Jacques Monod


46 rue du Fort


92140 CLAMART


France - Europe

Critique littéraire sur le roman parle leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard. Quelle place pour l'Art et l'Histoire dans le roman de Mathias Enard? Le livre de Mathias Enard, intitulé parle leur de batailles, de rois et d'éléphants se passe en 1506, et narre l'histoire de Michel-Ange, jeune sculpteur architecte et peintre de l'époque qui, depuis quelques années, se fait un nom. L'intrigue du roman se déroule à Constantinople (http://fr.wikipedia.org/wiki/Constantinople) où Michel-Ange vient de débarquer, après avoir laissé derrière lui, en Italie, le pape guerrier et « mauvais payeur » Jules II, et l'édification de sa tombe, à Rome, afin de pouvoir travailler sur un projet du sultan Bajazet: celui d'édifier un pont sur la Corne d'or. Le projet avait tout d'abord été confié à Léonard de Vinci, mais les plans qu'il avait proposé n'avait pas convaincu le sultan. Ici, Mathias Enard a tenté de raconter un pan de la vie de Michel-Ange, tel une biographie qu'il a romancé et éloigné de la réalité afin de nous transporter dans un monde où l'on croit rêver, tellement le style de l'auteur est flou et poétique par moments... Dans ce livre, deux choses sont à la base de l'intrigue: l'histoire et l'art. Ce roman nous rapporte pleins de faits historiques passionnants: on y apprend beaucoup sur la vie de personnes célèbres, et qui le resteront sans doute encore longtemps à travers leurs œuvres d'art qui ont marqué, marquent et marqueront encore les esprits comme Léonard de Vinci ou encore Michel-Ange, héros du livre parle leur de batailles de rois et d'éléphants, de Mathias Enard. En plus de personnes célèbres grâce à leurs œuvres, on y retrouve des personnages d'autorité tel que le pape guerrier Jules II, ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_II) le sultan Bajazet (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bayezid_II) , et les deux autres qui l'ont précédé. L'Histoire tient une grande place dans ce roman: tout d'abord, le fait que l'action se déroule à Constantinople, qui se nomme maintenant Istanbul, et que nous ayons un bon nombre de détails sur la ville, l'architecture des habitation, ainsi que sur les coutumes et le caractère des gens. Mais aussi que ce livre décrit Michel-Ange ou plutôt Michelagnolo au travail, dans ses moments de doutes et de réflexions ou tout simplement de repos et de découvertes. Ou encore lorsqu'il dessine ce fameux pont sur la Corne d'or autour duquel tourne toute l'intrigue du livre. Michel-Ange (http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel-Ange) visite une ville certes dominée par un sultan musulman, mais aussi très cosmopolite: Arabes andalous du royaume de Grenade chassés par les rois catholiques, latins et juifs... On y apprend que les juifs et les chrétiens ont le droit de s'installer à Constantinople à condition de ne pas le faire à proximité d'une mosquée. On peut aussi remarquer, au travers de citations, une influence génoise; De plus, au travers d'une histoire inventée, on image la complexité des relations entre les hommes. Les rivalités peuvent conduire à des alliances paradoxales entre certains princes chrétiens et musulmans contre leurs propres peuples. C'est dans l'épilogue que nous en apprenons le plus: Mathias Enard nous résume en deux-trois pages les ouvres accomplies par Michel-Ange, où elles se situent, l'âge auquel il meurt, si ses problèmes d'argent et de famille ont été réglés... Finalement, on pourrait se dire que nous sommes des touristes visitant Constantinople, et que, à travers Michelagnolo, Mathias Enard nous fais visiter cette époque magique, temps de génies tel que de Vinci ou encore Michel-Ange. Tout au long de son roman, Mathias Enard mélange poésie et art. Dans un premier temps, il exprime la beauté de son Pays natal : la Turquie à travers Constantinople, cette ville riche en saveurs et en odeurs orientales, aux portes de l'Orient. Il nous plonge ainsi dans son univers, celui d'une Méditerranée mythique, celui de Michel-Ange. Et dans un deuxième temps la construction du pont de la Corne d'or. Michelangelo, peintre et sculpteur de renom débarque à Istanbul sur la demande du Sultan Bajazet en 1509. Le souverain lui a passé commande d'un pont à ériger au-dessus de la Corne d'or. Il s'agit de créer une jonction entre l'Orient et l'Occident. Le génie de la sculpture (David, La Pietà) est parti sur un coup de tête. Il en avait assez des rebuffades du pape Jules II. Il a laissé en plan la construction du tombeau du pape alors trop mauvais payeur pour s'engager sur le projet Turque. Ce résumé rappelle que Parlez leur de bataille de rois et d'éléphant peut être aussi perçu comme un roman basé sur des faits historiques illustrés de passages et détails artistiques relatifs à l'histoire du pont entre l'Orient et l'Occident.Ce roman regorge de nombreuses anecdotes sur la vie dans la cour d'Ali Pacha, les bas-fonds d'Istanbul, le quotidien de l'artiste Florentin et sa manière de travailler ainsi que les rapport de ce dernier avec la papauté d'alors. Ces dernières nous rapprochent de plus en plus du livre et nous permet de mieux nous identifier au personnage, de mieux ressentir les désirs, goûts, sensations de Michel-Ange. De nombreux passages de poésie nous montre à quel point l'auteur a voulu s'appuyer sur la beauté de Constantinople, sur sa manière de rédiger son roman afin de se démarquer des règles précises de l'écriture d'un livre. Tu n'as pas su t'élever à la hauteur de l'amourEt prendre tel le faucon ce qui était à ta portéeLa proie était à toi, tu l'as laissée passerLes amants sont cruels s'il voient faiblir l'aimé.Cette bataille que j'ai gagnée, je la perds.Ce sol que je défends sera pour moi un désert,Et les âmes de ceux que j'ai assassinés,Mes gardiens pour l'éternité.(p.98) Cette diversité que l'auteur nous apporte nous fais aimer d'autant plus le livre. De part la mise en page courte et précise du texte et par ailleurs l'emploi de la poésie, des notes personnelles ou encore des lettres. Ce livre de Mathias Enard nous a impressionné: Sa manière qu'il a de rythmer son roman, entrecoupé de passages doux et poétiques, comme pour que nous puissions retrouver notre souffle, cette façon de mélanger l'art et les artistes que, finalement nous ne connaissons que trop peu, à l'histoire,ou plus précisément à des moments historiques fascinant qui, au final nous font aimer cette matière... Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants est un roman des plus instructifs, et c'est ce que nous avons, entre autre, après son style, apprécier.

dimanche 27 mars 2011

Article critique Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants

« Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants », un roman qui se distingue
Parle leur de batailles, de rois et d’éléphants, écrit par Mathias Enard et publié par Actes Sud en 2010, retrace les péripéties de Michel- Ange lors de son séjour à Constantinople. C’est suite à une altercation avec le pape Jules 2 et une invitation du sultan Bayazid que Michel-Ange va se retrouver architecte afin de superviser la construction d’un grand pont destiné à relier Constantinople et Péra, un faubourg septentrional. Michel-Ange parviendra-t-il à réussir là où Léonard de Vinci a échoué ?

Un roman pas comme les autres

Ce qui rend différent « Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants » des autres romans est l’aspect poétique du récit : la poésie est toujours présente dans l’atmosphère dans laquelle Michel-Ange évolue. Le narrateur, dans ce récit, est omniscient, et il met en avant l’aspect poétique en partie grâce aux lettres que Michel-Ange envoie à ses proches durant son séjour à Constantinople. La lecture est rythmée par la mise en forme que lui donne l’auteur : il écrit à certains moments à la manière des chants et poèmes ottomans à cette époque, ce qui est sans doute l’un des points fort de ce roman.

La distinction qu’on fait entre ce récit et les autres romans est la forme de la narration. La plupart du récit est à la 3ème personne : le narrateur est extérieur mais nous sommes dans le point de vue de Michel-Ange ou, plus rare, celui de Mesihi. On remarque cependant que certains passages changent de narrateur : il devient « je ». Un « je » d’abord indéfini qui parle à un « tu » qu’on suppose être Michel-Ange. Leur identité et leur rapport s’éclairciront au fil du récit.

Dans son livre, Mathias Enard raconte la vie de Michel-Ange à partir de faits réels et fictifs. En effet, pour écrire son roman, l’auteur, passionné des histoires des arts et de la Turquie, est parti d’une découverte étrange dans la bibliothèque de la villa Medicis (dont il a été résident entre 2005 et 2006) à Rome. Dans une biographie de Michel-Ange, il lit en effet cette phrase : « Et Michel-Ange reçut alors l’invitation du sultan de Constantinople pour construire un pont ». Pour l’admirateur de Michel-Ange et le passionné de la Turquie, ces deux lignes énigmatiques sont trop étranges pour être oubliées. Il continue ses recherches en lisant la biographie de l’artiste réalisée par Ascanio Condivi, un contemporain et ami du peintre. Il y apprend que l’invitation a été transmise par deux moines franciscains et la date exacte de la transmission de la lettre.

Par la suite, il voyage en Turquie pour savoir si une trace à propos de cela avait été gardée. Il y trouve un croquis anonyme mais pouvant correspondre à un dessin de Michel-Ange par le style et par la date. Un voyage à Milan lui révèle également un croquis refusé de Léonard de Vinci.

« Pour le reste, on n’en sait rien » : c’est avec cette phrase que Mathias Enard termine son livre.

On voit bien ici que Mathias Enard est parti de faits réels afin de commencer son histoire. Les péripéties de Michel-Ange à Constantinople proviennent, elles, de son imagination.

http://rhinoceros.eu/2010/08/parle-leur-de-batailles-de-rois-et-d-elephants-de-mathias-enard/

La beauté de la ville

Ce qui marque aussi le livre sont les descriptions. Lors de son arrivée à Constantinople, Michel-Ange est fasciné par le monde qui l’entoure, ce monde qu’il ne connait pas : le monde ottoman. Constantinople, qui était avant une cité chrétienne, est maintenant emprunte de religion musulmane.

L’ensemble de ce texte dégage une impression de poésie. D’abord par le lieu où se situe l’histoire, Istanbul et les mystères de l’Orient :

« Il s’est laissé conduire, à pied à travers les rues tièdes de la ville. Les boutiques fermaient, les artisans cessaient le travail, les parfums des roses et du jasmin, décuplés par le soir se mêlaient à l’air marin et aux effluves moins poétiques de la cité. » (p44)

C’est avec les yeux de Michel-Ange, qui cherche l’inspiration, que nous découvrons cette contrée lointaine, avec ses saveurs, ses odeurs, ses couleurs, et bien sûr ses personnages : le sultan, le vizir, les chanteurs, le poète ottoman Mesihi. Michel-Ange découvre Constantinople, cette ville majestueuse, embellie par les monuments qu’on peut y voir : Sainte Sophie, ses mosquées et ses caravansérails.

Les réflexions de Michel-Ange et son cheminement dans la création, la façon dont il imagine le pont, comment il parvient à élaborer sa création artistique sont aussi en lien avec la beauté de la ville.

« La beauté vient de l’abandon du refuge des formes anciennes, pour l’incertitude du présent. Michel-Ange n’est pas ingénieur. C’est un sculpteur, on l’a fait venir pour qu’une forme naisse de la matière, se dessine, soit révélée » (p 57)

Michel-Ange admire et observe les formes des bâtiments de la cité afin que son pont puisse ressembler aux structures merveilleuses de cette ville magnifique.

http://www.telerama.fr/livres/parle-leur-de-batailles-de-rois-et-d-elephants,59095.php

L’amour et les désirs

L’amour est également très présent dans ce roman. Deux personnages sont concernés avec Michel-Ange.

Il y a tout d’abord le poète Mesihi, qui dès l’arrivée de Michel-Ange, commence à éprouver des sentiments pour lui. L’artiste préfère ne pas s’en apercevoir tout au long du récit. Mesihi est un personnage très vivant dans ce roman. On découvre son point de vue lors de ses monologues, lorsqu’il est étendu auprès de Michel-Ange. Il lui raconte, il lui parle, tente même de l’éveiller. Son amour et son sacrifice pour Michel-Ange à la fin du récit son très touchants.

Il y a ensuite l’amour entre la jeune andalouse et le héros du livre, fasciné par sa danse et ses chants. C’est sa voix et elle qui parlaient à Michel-Ange dans la nuit, lorsqu’elle lui contait les batailles de rois et d’éléphants.

La poésie se retrouve dans le style et les descriptions. Lorsqu’il rencontre l’Andalouse, l’auteur utilise des mots simples mais de manière répétées, ce qui donne une impression de poésie

« Ton bras est dur, ton corps est dur, ton âme est dure.. » p 29

« Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l’éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c’est la disparition de tes peurs, la guérison, l’union, le retour, l’oubli. Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.

Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l’autre dans la nuit. »

Tout au long de l’histoire, il est question de sensibilité : celle de Michel-Ange, qui apparait comme un artiste tourmenté par son travail de création mais aussi comme un personnage à la sensibilité très forte avec un mélange de sentiments et de sensations tels que la peur, la mort, l’amour, l’ivresse :

« Michel Ange cherche l’amour, Michel Ange a peur de l’amour, tout comme il a peur de l’enfer » (p.79)

« Lui qui voit l’amour comme un chant divin écarté de la chair, passé dans la poésie tel le mouvement du bras passé dans le marbre pour l’éternité… » (p.91)
http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2010/08/roman-francais/parle-leur-de-batailles-de-rois-et-delephants-de-mathias-enard
Nicolas CRONIMUS & Louis-Baptiste ANNINO, 2nde 4 au lycée Jacques Monod, 15 rue du fort, 92 140 Clamart

La symbolique du pont ou la fusion de deux mondes






Critique Littéraire

La symbolique du pont ou la fusion de deux mondes


La critique littéraire que nous proposons est basée sur l’ouvrage de Mathias Enard (1972), Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants, publié en 2010 aux éditions Actes Sud. Les influences orientales de l’écrivain, sa passion pour les cultures ottomanes et latines ainsi que pour les langues arabes, lui valent en 2010 le prix Goncourt des Lycéens, pour un roman basculant entre poésie fictive et réalité historique.

Le 13 mai 1506, l’artiste de légende et de grande renommée Michelangelo quitte la chaleur maternelle de son Italie natale, pour échapper à l’emprise du pape Jules II, et débarque sur les quais du Bosphore, miroitant sous les rayons ocres d’un soleil de plomb. Là, il se livre à l’ennemi et offre un ultime affront à son pays en déployant ses qualités de virtuose pour élaborer les plans d’un onirique pont surplombant la Corne d’or, à la demande même du sultan Bayazid de Constantinople, le Juste, le Pieux.

Au travers de son écrit, l’auteur met en valeur le thème du pont, cette fulgurante symbolique par laquelle il cherche à lier deux mondes, l’Orient et l’Occident, deux cultures mais également deux civilisations que tout oppose. Des rencontres improbables, la naissance de sentiments nouveaux, comme la découverte d’un monde inconnu et parfois incongru, nous plonge dans cet univers lyrique et touchant que Mathias Enard décrit avec volupté grâce au ciment de sa poésie, parallèle au pragmatisme de son récit.


Genèse d’un monde nouveau


A l’instar de la toile de Claude Monnet, le matin oriental tel une Impression Soleil Levant, met et éveil nos sens, et nous appelle au fil des mots de l’auteur, à écouter « le chant fraternel du muezzin en haut du minaret », tandis que nos papilles s’imprègnent de la saveur mielleuse des pâtisseries orientales gorgées de miel et d’arachides, de cannelle et de fleur d’oranger, plongées dans ce sirop sucré et doré. Envoutés par l’arôme piquant des épices à profusion, l’Orient nous ouvre ses grandes portes mordorées tandis qu’un soleil ambré s’élève à l’horizon révélant l’éclatante silhouette de la Basilique Sainte Sophie.

Et sur l’autre rive du fleuve paisible, le nébuleux Occident, si proche et si lointain, comme insaisissable, une sphère étrangère qu’un simple pont nous suffirait à relier pour créer l’osmose parfaite entre deux esprits, deux finesses, deux sociétés, la symbiose ambigüe de deux contradictions, pourtant évidente.

Mathias Enard cherche au travers de son récit à obtenir l’adhésion parfaite, par l’intermédiaire du sculpteur Florentin et de ses fines esquisses, entre l’art byzantin, l’intelligence italienne, les proportions et les perspectives.


Rencontres entre Orient et Occident


Le pont que doit bâtir Michelangelo n’est pas seulement un lien qui devrait unir deux cultures et qui « fabriquera une ville impériale » mais aussi une excuse, un prétexte pour entretenir des relations improbables entre mondes et personnalités opposées. Ainsi le peintre souhaite se venger d’un pape qui a selon lui osé rejeter son talent. Le virtuose se prend souvent à penser à la réaction que pourrait avoir Jules II si il apprenait son entrevue avec Le Grand Turc. « Cette pensée lui instille un mélange assez plaisant d’excitation et de terreur. »

Michelangelo fait également la connaissance d’un artiste, Mehisi, avec qui il entretient une relation singulière. Le poète secrétaire se soumet à la prestance absolue de Michel-Ange, jusqu'à le sauver d'une destinée mortelle dont le sculpteur ne nourrissait aucuns soupçons.

Survint alors une danseuse inconnue, orpheline, chassée. Michelangelo cherche l'amour. Il le trouve. Il s'offre intimement à la belle Andalouse. Elle lui parle à la lumière d'une chandelle, lui conte des histoires, son histoire. Dans la pénombre, sa voix chante, menace, s'adoucit. Les deux amants ne se parlent pourtant pas. Cette liaison fusionnelle qu'entretiennent le maître de la sculpture et la déesse du chant semble fugace, subtile.


De l’idée à la plume


Si Mathias Enard par la fétiche thématique du pont se plaît à forcer les pièces du puzzle pour accorder l’inaccordable, il n’omet néanmoins pas de nous plonger dans les méandres de l’esprit de l’habile maestro, afin de nous faire découvrir le cheminement de la pensée vers le crayon, de l’inspiration vers le croquis. Michel-Ange s’alimente d'une certaine manière de Constantinople, ville méconnue, gouvernée par l'ennemi du peuple florentin. Cette cité, à l'image d'une femme insurgée mais douce apprend à l'artiste à respirer, aimer, souffrir, vivre. Il apprécie flâner dans les galeries sombres, les marchés locaux, les boutiques suffocantes. Le sculpteur s'empreigne de l'essence de la ville, s'approprie son âme qui s'ouvre à lui toute entière. Ca n'est pas un simple pont qu'on lui ordonne d'ériger, mais la fondation aérienne et vertigineuse d'une cité, le point de rencontre et d'échange de toute une civilisation. Ainsi nous voyageons au travers de la futur Istanbul, dans les souks, les tavernes et les marchés noirs à la recherche de cette infime révélation qui fera germer l’idée.


Mathias Enard réussit, par l’écriture d’un récit épistolaire à la fin troublante, à pénétrer le mystère d’un évènement qui s’est déroulé il y a plus de cinq siècles, il transgresse les règles pour rendre vivant haletant et délectable ce mythe historique, usant et abusant de la thématique d’un pont inexistant, imaginaire, rêvé. Il manie avec une sensibilité élégante, le lyrisme des mots pour nous offrir un petit bijou de sensualité.

Parce que nous ne sommes plus des enfants, Mathias Enard nous parle de batailles, de rois, d’éléphants, mais également d’amour et des choses semblables.

Boivin Laure, Lestrat Marion, Oster Auriane (2de 11)

samedi 26 mars 2011

Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, un voyage féerique au pays du Grand-Turc


Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, un voyage féerique au pays du Grand-Turc
Avec Parle leur de batailles de rois et d'éléphants, Mathias Enard a fait le choix de raconter quelques mois méconnus de la vie de Michel-Ange. Quelques mois oubliés dont il ne reste que très peu de choses: seulement quelques lettres et plans à partir desquels l'auteur transporte son lecteur dans un voyage inoubliable entre histoire et poésie, réalité et fiction, nuit et jour. De ce voyage, on en retiendra surtout une atmosphère, celle d'un orient en construction sur lequel flotte un parfum d'épices et de rêve.
Michel-Ange a vécu 88 ans de 1475 à 1564. Nous lui connaissons de nombreux chef-d'œuvre dont les plus connus sont très certainement le David de Florence et le plafond de la Chapelle Sixtine.
De nombreux « chapitres » de sa vie nous sont connus comme sa jeunesse à Florence, son amitié émaillée de disputes avec le pape Jules II, ou encore la construction inachevé
e du tombeau de ce dernier.
Cependant, ce n'est pas cela qu'a choisi de raconter Mathias Enard: dans Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, il préfère évoquer un passage peu connu de la vie du peintre: son voyage en 1506 à Constantinople.
En 1506, Michel-Ange travaille déjà depuis quelques années sur
la construction du tombeau monumental de Jules II. Cependant, exaspéré par le comportement du pape, qui ne le traite pas comme il le voudrait et qui de plus est mauvais payeur, le sculpteur décide de quitter Rome. Il se réfugie alors dans sa ville natale, Florence, où il attend avec impatience et anxiété une lettre du souverain pontife qui tarde à venir. Au bout de quelques jours, il reçoit une lettre, mais du grand turc, qui l'invite à Constantinople pour la construction d'un pont au dessus de la Corne d'Or.
En 1506, cela fait aussi un peu plus de 50 ans que les ottomans occupent l'ex- capitale orthodoxe. Ainsi, plus qu'un voyage dans l'histoire, Mathias Enard nous emmène avec Michel-Ange dans un voyage entre deux mondes, dans une Europe partagée entre l'occident chrétien et l'orient musulman (ce qui est, encore aujourd'hui d'actualité). C'est sans doute ce voyage qui nous cueille et nous transporte dans cet univers particulier, plein de poésie. Mesihi, un poète ayant réellement existé, protégé du vizir Ali Pacha, que Michel-Ange rencontre à Constantinople
est en quelques sorte le symbole de cette poésie. À la page 94, Mathias Enard cite quelques uns de ses vers:

« Je ne cesse de désirer que lorsque mon désir
est satisfait, que ma bouche atteint
la lèvre rouge de mon amour,
où mon âme expire dans la douceur de son haleine. »

Le livre commence par cet extrait emprunté à Rudyard Kipling: « La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle ». Cette formule prend tout son sens à partir de la page 42, lorsque Michel-Ange aperçoit pour la première fois une danseuse, dont il ne sait pas très bien s'il s'agit d'une danseuse ou d'un danseur, et dont il tombe sous le charme. Sous le charme de ce corps parfait et c'est ce qui constitue avec la construction du pont, le deuxième pilier du livre. Cependant, assez vite, ce pont ne se sera plus qu'un prétexte pour un livre parlant d'amour et d'ivresse. C'est ainsi que tout le long du récit, la nuit sera le règne de l'imaginaire, du rêve et du fantasme matérialisés par la danseuse; et le jour ne sera qu'un passage par la réalité où l'on retrouve une certaine lucidité.
Ce n'est pas un livre que nous lirons pour la richesse de son histoire mais pour l'atmosphère mysté
rieuse et confuse se dégageant des nombreuses oppositions ressortant du livre et par la poésie omniprésente.
À chaque page, nous découvrons un peu plus le sculpteur, personnage atypique qui oscille entre le génie arrogant le jour et l'âme sensible envoutée par la vue d'une danseuse, la nuit.
Ce n'est cependant pas une biographie : tout au long du livre, Mathias Enard reste sur le fil entre petite histoire et grande Histoire; et Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants apparaît finalement comme une fiction guidée par quelques éléments historiques.
Ni biographie, ni fiction, Mathias Enard a trouvé un style nouveau et original entremêlant dans une certaine magie réalité et fiction. L'ensemble de l'histoire est imprégnée de poésie, non seulement par la présence de quelques poèmes mais encore tout au long du livre avec une omniprésence très plaisante qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la fin tragique.


Laurent Selinder, Claire Bouchereau, Lucas Soumier et Lucie Fourment (2de 4)

vendredi 25 mars 2011

Article critique de lycéens (2°11)

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants : un pont entre les civilisations

Parle-leur de jalousie, d’amour et de fascination… Parle-leur de passions et de conspirations… Parle-leur de poésie, d’art et d’inspiration… « Parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges », comme déjà l’écrivait Rudyard Kipling dans Hasard de la vie, en 1928.

Telle est la promesse que cache ce titre aux tonalités orientales. Déjà salué en 2009 pour son roman Zone par les prix de Décembre et du livre Inter, Mathias Enard nous entraîne dans ce nouveau roman, paru aux éditions Actes Sud et récompensé en 2010 par le prix Goncourt des lycéens, dans un univers qui lui est cher. Par ses études de la langue et de la culture persane et arabe, par ses voyages au Moyen-Orient et ses recherches universitaires sur le monde iranien, il recrée dans ce dernier ouvrage toute la splendeur de l’Orient qui illumine le roman.

L’histoire du travail d’un artiste

L’auteur narre avec passion et réalisme l'histoire d'un artiste au cœur froid. Son projet de construction d’un pont est un véritable défi pour surpasser les plus grands artistes de son époque, au prix de trahisons, de rivalité et d’amour. Michel-Ange, sculpteur, peintre, artiste, délaisse le tombeau de Jules II, bravant le courroux du pape guerrier, au delà des pays, au delà des religions. Le 17 avril 1506, il part rejoindre Bajazet au pays des milles et une nuits pour relier et sublimer les deux rives de la Corne d’Or d’un inoubliable monument. Il compte ainsi prouver son talent en surpassant le génie de là Léonard de Vinci où il avait échoué quelques années auparavant. Cherchant l’inspiration lors de visites et rencontres avec le monde oriental, Michel-Ange se laisse imprégner de cette riche culture si différente de la sienne et envoûter par les charmes d’une mystérieuse danseuse. Mais de nombreuses difficultés ralentiront son cheminement vers l’achèvement de son œuvre, qu’il quittera inachevée, imparfaite, et qui finira détruite par les méfaits de la nature. Près de cinq siècles plus tard, Mathias Enard nous fait part d'un fait historique resté dans l’ombre, retraçant ainsi une facette méconnue de l’artiste.

Rencontre de l’histoire et de la poésie

Une mélancolique et touchante poésie se dégage de l’écriture, mêlant l’amour, le chant et les souvenirs aux beautés du monde oriental. C'est une histoire de la nuit, la beauté des mots disparaissant avec le soleil, ne laissant qu'un vague souvenir, un plaisir lointain, nuit oubliée... La poésie enveloppe d’un brouillard onirique les faits bruts de l’histoire. A la manière d’une biographie de Michel-Ange, le roman est ponctué de dates, dates de l'Histoire que personne n'a pris le temps de connaître. Mathias Enard nous fait découvrir avec douceur et passion cette période de la vie de l’artiste, un temps oublié, inconnu ou presque, relatant les faits comme s'il se trouvait aux côtés du sculpteur. Ses sources d’inspiration, ses moments de doutes, de faiblesse, ses colères soudaines et ses choix, douloureux et irréversibles sont couchés à jamais sur le papier. Et Michel-Ange est là, dans toute son humanité, dans toute sa réalité, au cœur de l’histoire : ces lettres qu’il a écrites à ses frères, toutes ces petites choses que dans son carnet il consignait, réapparaissent et cinq cents ans plus tard nous les lisons, émus de redécouvrir, comme pour la première fois, un artiste si célèbre. Mathias Enard a su manier les genres, dosant avec justesse les passages poétiques, narratifs et réalistes, mêlant romanesque et éléments biographiques.


Un témoignage culturel haut en couleur

Vue de Sainte-Sophie
Rouge, orange, jaune, toutes ces tonalités chaudes nous transportent dès les premières pages dans l’atmosphère envoûtante de Constantinople. Couleurs de l'Orient, du soleil couchant, de la chaleur, mais aussi de la violence, de la passion, de la mort, du sang. Mais l’Orient, c’est aussi un univers plus sombre, plus feutré, plus discret, un profond bleu nuit. Couleur du ciel nocturne d’Orient, que l’on imagine parsemé d’étoiles brillantes. Nuits sans sommeil, de travail pour Michel-Ange, d'alcool et d'opium pour Mesihi, poète ottoman talentueux et débauché. A la lecture, les paysages orientaux s’imposent à nos yeux. L’on découvre avec une fascination et un éblouissement égal à celui de Michel-Ange, la merveilleuse Sainte-Sophie, l’on imagine l’appel du muezzin qui invite à la prière du haut des majestueux minarets. Un artiste charmé par l’éclat de la célèbre mosquée et les merveilles du monde ottoman au-delà des différences culturelles, l’art dépassant les réticences et l’intolérance religieuses si présentes au XVIème siècle.

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants est une invitation au voyage, à la découverte de l’art et de l’histoire à travers une autre culture. L’écriture poétique, limpide, la justesse de l’expression des sentiments donnent vie à un Michel-Ange loin de la Chapelle Sixtine et du David, un Michel-Ange qui doute, échoue, aime, vit. Une petite histoire dans la grande Histoire qui a enrichi l’artiste et qui fait que jamais plus, nous ne verrons les œuvres de Michel-Ange du même œil. Pour reprendre les derniers mots de Michel-Ange en quittant Constantinople, l’artiste ne cherche-t-il pas à « Apparaître, poindre, briller. Consteller, scintiller » pour ne jamais s’éteindre.

Aline Pinçon, Claire Campagnolle, Manon Radiguet et Mathilde Roullot (2°11)

Parle-leur de batailles : une croisée de genres

Parle-leur de batailles : une croisée de genres

Un roman biographique et historique...

Le roman Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants a été écrit par Mathias Enard en août 2010 et édité par Actes Sud.

Le 13 mai 1506, Michelangelo quitte l'Italie et débarque à Constantinople. Fâché avec le pape Jules II, guerrier et orgueilleux, qui refuse de le payer. Obligé de fuir Rome, il a laissé en plan la construction et répond à une invitation du grand sultan Bajazet qui veut lui confier la conception d'un pont sur la Corne d'Or, en échange d'une grosse somme d'argent, projet retiré à Leonardo da Vinci. Michel-Ange accepte alors cette opportunité afin de prouver sa prééminence au monde occidental et oriental, même s'il craint de déplaire au pape en se rendant chez un ennemie Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué

Parle-leur de batailles de rois et d'éléphants est un roman très riche par son écriture très diversifiée; on ne trouve pas un seul genre littéraire mais plusieurs qui sont mêlés au fil des pages. Ce n'est donc pas un roman comme les autres, il se démarque par un éventail de genres: biographique, historique, poétique ou encore épistolaire.

Pour commencer, nous pouvons étudier la façon dont l'auteur dépeint cet épisode de la vie de Michelangelo sous une approche historique et biographique. Le livre est structuré par les dates, historiques et oubliées, recherchées par Mathias Enard qui a décidé de décrire avec douceur et passion le déroulement de cette courte période, un temps inconnu ou presque, relatant comme s'il se trouvait, au moment des faits, aux cotés du sculpteur.

C'est aussi un roman historique, l'écrivain s'est en effet inspiré de faits réels : la construction d'un pont. Un pont qui relit deux mondes, deux civilisations, entre l'orient et l'occident, voilà son défi. De plus, ce roman regorge de nombreuses anecdotes sur la vie dans la cour d'Ali Pacha ( vécu vers XVIII et XIX siècles. Il était le gouverneur de la région de l'Épire pour le compte de l'Empire ottoman. http://rhinoceros.eu/2010/08/parle-leur-de-batailles-de-rois-et-d-elephants-de-mathias-enard/

… mais aussi poétique et épistolaire

Mathias Enard intègre également des passages poétiques qui sont présents soit à travers les vers inventés par Mesihi, soit lors des chapitres où le point de vue interne est celui de l’esclave Andalouse, la belle danseuse orientale, dont Michelangelo est tombé amoureux. Tout au long du récit ces paroles relatent ses propres sentiments. Recueil de poésies diverses, amour, chant, souvenirs, la poésie est une partie intégrante du livre. C’est une histoire de la nuit, la beauté des mots disparaît avec le soleil, ne laissant qu’un vague souvenir, un plaisir lointain, nuit oubliée…

De nombreux poèmes structurent le texte tels que «Tu n'as pas su t'élever à la hauteur de l'amour

Et prendre tel le faucon […], Mes gardiens pour l'éternité.»

Il est également épistolaire, de nombreuses lettres parcourent le roman à pratiquement chaque chapitre. Celles-ci sont écrites par Michel-Ange à ses frères, restés en Italie. Ce dernier leur donne de ses nouvelles, ainsi que des considérations matérielles concernant des questions financières et la fabrication d’une dague pour l’un de ses frères.

«Buonarroto,
J’ai reçus ta lettre et te comprends. [...]
Ton Michelagnolo»

http://www.liremoi.com/Parle-leur-de-batailles-de-rois-et.html

Ces passages nous montrent la correspondance qu’entretenait le sculpteur avec ses frères. Ce «témoignage» nous en apprend ainsi plus sur Michel-Ange. Nous avons particulièrement apprécié les nombreux passages poétiques. Nous trouvons qu'il apporte beaucoup de beauté au texte et le rende plus vivant. Il y a également une musicalité, une émotion, une sensualité, un rêve éveillé que l’on peut ressentir à chaque vers. Beaucoup de poésie s'en dégage, c'est pour cela, à notre sens, que l'on peut vraiment parler de récit poétique pour Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants.

Tout au long de ce roman, Mathias Enard réussit à pénétrer le mystère d'un évènement. Il transgresse les règles pour rendre vivant, haletant et délectable ce mythe historique. Il manie avec une sensibilité élégante le lyrisme des mots pour nous offrir un petit bijou de sensualité qui sort du commun. Histoire, biographie, poésie, lettre,… tous ces genres se mélangent, s’entrecroisent, s’entremêlent, se confondent. Voilà une croisée de genres pour un livre que l’on se doit de lire…

http://www.viabooks.fr/article/parle-leur-de-batailles-de-rois-et-d-elephants-de-mathias-enard-17929


Riva Saha et Céline Vin (2de 11)

Comment l’auteur met-il en scène la sexualité et les relations entre les gens du 16ème siècle ?

Comment l’auteur met-il en scène la sexualité et les relations entre les gens du 16ème siècle ?


Sentiments éprouvé par Mesihi envers Michel Ange

L’attirance de Mesihi

Mesihi tombe amoureux de Michel Ange lorsqu’il est chargé de le guider et de l’accompagner dans l’empire byzantin. Ils se promènent quotidiennement le matin, Mesihi assiste Michel Ange dans ses créations artistiques. Mesihi est un ami fidèle de Michel Angelo, cette loyauté est certainement due au fait qu’il éprouve de forts sentiments envers lui. Mesihi veut vivre avec Michel Ange et celui-ci commence d’ailleurs à éprouver des sentiments envers Mesihi mais les refoule. Lors d’une promenade, Michel Ange rencontre l’andalouse et en tombe presque instantanément amoureux. Lorsque Mesihi l’apprend, il est fou de jalousie et se met à ruminer de très noires pensées.

L’acte impardonnable

Mesihi est remplie de haine après avoir compris que Michel Ange éprouve des sentiments pour l’andalouse. Il commence à la haïr puis finalement cette haine se transforme peu à peu en envie de meurtre. Un jour il surprend Michel Ange et l’andalouse, envahi par la haine, il la tua puis fut tuer par l’être qu’il aimait plus que tout, Michel Ange. Après cet évènement, tout le récit est comme chamboulé et flou.


Les sentiments éprouvés par Michel-Ange

Tout au long de l’ouvrage, on perçoit chez Michel-Ange ses sentiments plutôt confus à l’égard de cette mystérieuse danseuse. Il ne connaît pas vraiment son sexe, est-elle seulement une femme ? En pensant sans cesse à elle, il en est épris, il en est amoureux, à tel point que cela devient une obsession.

Cette obsession, cet amour qui le hante est révélé par des situations où Michel-Ange ne peut se concentrer et met moins de cœur à l’ouvrage. Plusieurs fois, au cours du texte, l’artiste italien rencontre ces situations : il pense intensément à elle, sa bien aimée malgré le doute sur son sexe.

Ce doute semble rendre invraisemblable ou plutôt étonnant cette attirance entre l'artiste et la danseuse. Cela reste un mystère, pour ne pas dire une bizarrerie... Ce mystérieux désir qu’exprime Michel-Ange nous semble étrange.

Lors des représentations de la danseuse, il est admiratif et émerveillé par tous les traits du corps de la « femme » de ses pensées. Son attention est vive, surtout pour ses chevilles et ses avant-bras. L’avant-bras est, pour l’artiste italien, une partie du corps fascinante car il aime les différentes façons de les représenter en jouant sur les muscles.

L’artiste se rendra à plusieurs représentations de la « danseuse Andalouse » avec, à chaque fois, cette énigme en tête : s’agit-il véritablement d’une femme ? Il tentera de le savoir…

Notre peintre aime aussi à observer, chez cette danseuse, son ossature et sa musculature, des mollets à ses biceps animés. Elle le laissera plusieurs fois hébété et sans voix, tant et si bien qu’à la fin des différentes représentations, il finira ses nuits ivres morts sur le trottoir, dans la rue.

Plus surprenant encore, Michel-Ange nous apprend de sa propre pensée le désir et les sentiments qu’il éprouve à l’égard du poète turc Mesihi, un homme.

Ainsi la situation évolue, et l’on apprend que Michel-Ange, malgré son amour et son attirance obsessionnelle pour cette jeune danseuse, a une attirance amoureuse pour Mesihi mais, cependant, sans jamais les montrer. Il considère sa relation amoureuse avec Mesihi comme une sorte de jeu que l’on appelle le « je t’aime moi non plus ».

Les occasions vont être nombreuses, pour Michel-Ange, d’entretenir ce rapport ambigu.

Plusieurs fois, Mesihi reviendra à la charge de manière plus ou moins sous-entendue sans que l’artiste italien ne bronche ou ne daigne le suivre. Rares sont les fois où les deux personnages ne sont pas ensemble. Mesihi vient tous les jours après sa décuite de la vieille chercher Michel-Ange afin de lui faire découvrir la ville et, pourquoi pas, essayer de le séduire et de le convaincre de rester après la réalisation de son pont.

Leur relation peut-être qualifiée de relation libre mais néanmoins sans fondement, car ils s’aiment sans se le dire et sans le montrer. Ces événements et ce petit jeu dont la maîtrise revient à Michel-Ange, à l’instar de Mesihi, n’entame en aucun cas l’amour de Mesihi envers l’artiste. On a même l’impression qu’il ne fait que le consolider un peu plus.

Michel- Ange n’exprimera jamais ses vrais sentiments envers Mesihi quitte à le laisser seul et dans le doute. Le lecteur ne peut faire que des suppositions sur les sentiments du peintre à l’égard du poète turc. Cependant Mesihi continuera d’y croire malgré l’indifférence de son bien-aimé, et on comprend que Michel-Ange tient, tout au long du roman, Mesihi en estime, il lui fait confiance. Surtout depuis que le poète turc lui a offert, en signe d’amour, un beau singe.

On notera qu’à certains moments de l’histoire, Michel-Ange se laisse emporter par cet élan et suit inconsciemment le poète turc, comme lorsque ce dernier lui prend délicatement la main pour l’entraîner à l’intérieur de la mosquée, ou encore lorsque Michel-Ange par une nuit de fatigue et d’ivresse suit son compagnon à travers différentes tavernes de la ville en se laissant guider sans dire un mot…

Michel-Ange et son mal du pays

Malgré ses deux amours, plutôt controversés, entre Michel-Ange et Mesihi et entre l’artiste italien et la danseuse andalouse, le peintre, tout au long du roman, exprime un certain malaise. Le personnage principal du roman ressent le « mal du pays ». Michel-Ange n’a qu’une hâte, celle de finir son pont pour enfin pouvoir s’en aller et retrouver ses frères. Des frères avec qui correspond fréquemment par lettres pour les tenir au courant de sa situation à Constantinople et pour les prévenir de l’avancement du chantier.

Ces lettres sont pour Michel-Ange le seul moyen d’être toujours en relation avec le monde extérieur à celui de Constantinople, et donc avec son pays : l’Italie. Le lien avec son pays, il le garde un peu aussi grâce aux marchands Florentins ou Génois qui l’invitent souvent à leurs banquets lors de fêtes religieuses, comme la saint Patrick.

Arslan, un marchand italien bien introduit à Constantinople, va aussi être pour Michel-Ange un très bon allié, puisque c’est grâce à Arslan que l’artiste italien à pu retrouver la danseuse Andalouse qu’il chérissait.

Le peintre ne trouve pas Constantinople à son goût, il juge cette ville trop différente des villes d’Italie. Le mélange des différentes religions cohabitant dans un même espace frappe aussi bien Michel-Ange que le lecteur.

Pour les gens de l’époque, il n’existait que très peu de villes où cohabitaient musulmans, chrétiens et juifs. Ce qui, certainement, a du surprendre Michel-Ange dès son arrivée.

Ne connaissant pas l’art musulman, il trouve ridicule que les artistes de cette confession ne représentent pas leur Prophète, afin de l’immortaliser, à travers la peinture.

L’artiste italien se sent mal, dans une ville où il n’en comprend pas l’esprit. En revanche, il est séduit par cette ville lorsqu’il aperçoit la cour du sultan Bayazid. Il est en effet éblouit par l’opulence et la splendeur de la Cour, avec cette foule d’esclaves, de ministres et les richesses du Sultan Bayazid. Tout cela le fascine.

Bien que le reste de la ville ne soit pas tout à fait à son goût, et malgré la pression du Sultan et de son premier ministre qui pèse sur ses épaules, Michel-Ange, après quelques nuits de panique, parvient à garder son sang froid. Par sa patience qui le caractérise, et qui caractérise les artistes, il sait que l’inspiration pour la création de ce pont politique peut venir à n’importe quel moment. Il est confiant.

Les règles hygiéniques définis par la religion musulmane, ne conviennent pas tout à fait à notre peintre qui, une fois de plus, ne les respectera pas. En effet, chez lui, Michel-Ange n’a pas l’habitude de se laver au moins une fois par semaine ou même de changer régulièrement d’habit. Cela constitue un autre « malaise » du peintre.

Dans le roman, il ne changera en aucun cas ses habitudes d’antan, quitte à se faire remarquer lorsque, par exemple, il marche dans la rue aux cotés de Mesihi qui est toujours propre et soigné.

Michel-Ange ne mange pas beaucoup, et il ne semble guère apprécier les mets turcs que lui prépare Manuel son traducteur. En revanche, cela lui est arrivé d’abuser de boissons et de vin turc qui rendent rapidement saoul, surtout lorsque l’on n’y est pas habitué…

L’artiste a donc le mal du pays et comprend que Constantinople n’est pas une ville où il y passerait sa vie.


Baptiste Carsuzaa et Yanis Ben Nouna (2de 4)